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Je crois que la police de caractères la plus vendue et la plus utilisée dans le monde est le Garamond...
et ça, ça me donne confiance en l'avenir de l'humanité.
Adrian Frutiger

Dieu a fait des hommes grands et d'autres petits,
je les ai rendus
tous égaux.
Samuel Colt

Je préférerais me faire examiner la prostate en direct à la télévision par un type aux mains bien froides plutôt qu’avoir une page Facebook.
Georges Clooney

La typographie est un métier ancien et simple. Très simple. Aussi simple que de jouer du violon. Mais guère plus.
Maximilien Vox

Si Dieu voulait que nous soyions courageux, pourquoi nous a-t-il donné des jambes ?
Marvin Kitman

La poésie soulève le voile sur la beauté cachée du monde.
Sei Shonagon


Si hoc legere scis nimium eruditionis habes.
Anonyme


La typographie est le seul art ayant la discrétion pour principe.
Jérôme Peignot


Quand l'avenir a-t-il cessé d'être une promesse pour devenir une menace?
Chuck Palahniuk


L'imprimerie,
c'est l'artillerie
de la pensée.
Rivarol


On peut dire n’importe quoi
sur un blog.
J. Bové


Je parle pas aux cons, ça les instruit.
Michel Audiard


Sème le trouble et tu récolteras la lumière.
Maurice Dantec


Aucune poésie
n'est concevable sans la participation du diable.
William Blake


Si ayant frappé quelqu'un sur une joue, il te tend l'autre, frappe le sur la même, ça lui apprendra
à faire le malin.
Cavanna


La vie est la jeunesse de l'immortalité
Goethe


Choucroute ne s'écrit pas forcément en gothique…
Laurence


Ce monde ne fait que rêver,
il approche
de sa fin..
F. Rabelais


On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
A. Nothomb


Un tueur est un individu qui s'investit davantage dans ses rencontres que le commun des mortels.
A. Nothomb


La mort est le moyen pour Dieu de nous rappeler de ne pas trop faire les malins.
/.

 

La règle du Je...

>[Le Blog de Graphos] est un endroit de liberté, ivre de plume et de peinture, de convivialité, d’amitié et de partage - sans aucune publicité d’aucune sorte – ni pop up… ni virus. >[Le Blog de Graphos] est consacré à la calligraphie latine, à l’enluminure, au mail art, aux écritures d’Orient et d’Occident, aux contre-écritusres aussi comme dirait Jérome Peignot, du Tag au manuscrit de Voynich, des écritures mandingues à la Rustica du Ve siècle…, les membres de Graphos vous proposent de vous exprimer sur l’actualité du moment, de notre quotidien, de vos journées, livres, expos, films ou états d’âmes… Nos lectures, vos passions, nos coups de cœur, vos coups de gueules, retrouvez-les régulièrement sur >[Le Blog de Graphos]. Vous êtes artiste graphique ou simple passionné, calligraphe professionnel ou enlumineur, animateur, membre ou président d’une association, vous désirez nous faire partager vos envies, qu’elles soient tentations ou démangeaisons… >[Lire la suite...]
 
 

 Janvier 
 
 20/1/12  15! Programme Graphos 2012

[Programme Graphos 2012] Je me rends compte que le premier stage Graphos de l'année est proche et que je ne vous ai toujours pas exposé notre programme pour l’année 2012 !

Comme vous le savez peut-être, cette année sera doublement festive, d'abord pour les 60 ans des Rencontres de Lure, certes, mais aussi pour les 15 ans de Graphos ! Et comme on ne laisse jamais passer une occasion de faire la fête dans notre association, nous vous avons concocté un programme tout ce qu'il y a de plus festif et inoubliable.

On commence calmement, si on peut dire, avec le 22 janvier un stage sur la Quadrata, le 19 février un autre sur la Bénéventine et le 18 mars un troisième sur la Mérovingienne (quel délice !).

Une fois les brause bien chauffées, on va attaquer du lourd : le 22 avril « Méli-mélo » un de ces stages surprise que notre Thierry aime à nous concocter avec la réalisation d’un projet sur un thème à lui seul connu !

Le 13 mai, sortie familiale aux Baux de Provence sur le thème « À la rencontre de Louis Jou », avec visite de la fondation éponyme, de son atelier, encore en activité, et du musée dans l’hôtel de Brion. Le repas n’aura sans doute pas lieu à l’Oustaou de Beaumanière, hélas, vu le budget réduit du week-end, mais on passera devant et on regardera le menu.

Le 27 mai, stage sur la Bâtarde flamande à la Chancellerie de Lurs, en ce lieu magique qui a vécu tant de moments uniques, où sont passés tant de personnages pittoresques, érudits et en tout cas passionnants, et où seront fêtées en août prochain les soixantièmes sessions d’été de typographie ! Visite des lieux, parcours du Chemin des écritures et ballade sur la promenade des Évêques seront des étapes indispensables pour cette journée d'exception !

Le 10 juin, rencontre avec Laurent Rébéna (le vrai, en chair et en os !) pour un stage d’approfondissement sur la bâtarde flamande et ses ligatures (non, il ne s’agit pas de médecine).

La fin de l’année ira crescendo avec le 21 octobre un stage sur le Monocondyle (à vos dictionnaires !) puis le 18 novembre un stage sur les majuscules d’Anglaise (du sang, de la sueur et des larmes au rendez-vous) et pour finir en apothéose, le 16 décembre notre traditionnel stage de fin d’année sur le thème du mail-art avec la participation de nos invités, dont le jubilatoire Henri Mérou qui fera le déplacement depuis la campagne reillanaise !

Vous trouverez ce programme en téléchargement ici, marquez ces dates sur votre calendrier, une telle année, la dernière à ce qu’en disent les Mayas, ne se reproduira pas de sitôt !

>[ze BdG]

 

 
 16/1/12  Oh! Faux iPads

[Faux iPads] Si vous suivez un peu attentivement les nouvelles technologiques, vous êtes peut-être tombé(e) sur cette annonce incroyable : certains usagers ayant acheté un iPad ont eu une drôle de surprise au moment où ils ont ouvert la boîte de leur merveille informatique, il y ont découvert une plaque d'argile au lieu de l'habituel engin au design incomparable !

Des journalistes bêtement matérialistes en ont immédiatement déduit qu'un gang de fraudeurs achetaient les iPad, les remplaçaient par un morceau d'argile, scellaient à nouveau le paquet, rendaient le tout au marchand en demandant le remboursement et ainsi faisaient une sale blague à leurs frères consommateurs... Faux que tout ceci ! Propagande de la firme à la pomme ! La réalité est bien plus simple mais certes un peu gênante pour Apple... je m'en vais donc tout vous la dévoiler au risque de me retrouver sur la liste noire des ennemis de la pomme, mais bon, je dois la vérité aux amis du BdG.

En fait, les produits Apple ont une âme. Et c'est pour ça qu'ils savent si bien plaire à leurs utilisateurs, jusqu'à susciter une empathie qui frôle parfois le fanatisme. Et comme tous les lecteurs de Gustave Meyrink le savent bien, il se trouve qu'à sa conception l'iPad n'est qu'un morceau de glaise informe, image parfaite du chaos originel et de tout organisme inanimé. Pour lui concéder enfin la vie, il faut qu'une personne habitée par une vision de la grandeur technologique, un équivalent du divin informatique, lui souffle dessus et lui donne enfin son âme. Depuis que Steve Jobs est mort, d'autres personnalités ont du s'y mettre pour continuer à insuffler la vie pour nous aux nouveaux iPhones, iPods, iPads et autres Macintosh. Mais voilà, les disciples n'ont pas encore atteint la perfection du maître et il laissent parfois échapper quelques « ratés »… Alors bien sur, on préfère accuser d'hypothétiques escrocs (dont je suis sûr qu'on ne les attrapera jamais) plutôt que d'avouer à la face du monde que Steve a du mal à être remplacé. Ça ruinerait leur réputation et ferait baisser le cours des actions.

Alors bon, faisons semblant d'y croire pour leur faire plaisir…

>[Athanasius Pernath]

 

 
 13/1/12  Livre Athanasius Kircher

[Athanasius Kircher] Un très beau livre sur Athanasius Kircher, célèbre érudit de la Renaissance est paru en 2009 chez Actes Sud dans la collection l'Imprimerie Nationale (quel montage intéressant !) sous le titre « Athanasius Kircher, le théâtre du monde » de Joscelyn Godwin. Et pour tout vous avouer, il nous est passé absolument inaperçu, ce qui est ma foi fort rare pour un ouvrage de cette ampleur !

Si vous voulez connaître mieux ce personnage hors du commun, toutologue comme on dirait aujourd'hui, à la fois mathématicien, linguiste, archéologue, naturaliste, historien des religions, ingénieur, géologue... il a été le découvreur de nombre de phénomènes naturels, comme les taches solaires ou les anneaux de Saturne et a étudié le premier nombre de langues étrangères comme le chinois ou le sanskrit. Bref un érudit total comme la Renaissance a été la dernière période à en produire.

Mais comme le dit pudiquement sa biographie, ses erreurs sont à sa mesure, grandioses. Il n'a jamais cru que les hiéroglyphes véhiculaient une langue mais a maintenu, parfois contre toute évidence, qu'il ne s'agissait que de symboles. Ses traductions des textes sur les faces des obélisques égyptiens sont d'une poésie à couper le souffle... même si elles passent totalement à côté du message. Il est aussi resté jusqu'à la fin un farouche partisan du géocentrisme, bien plus politiquement correct à l'époque que les théories héliocentriques de Galilée ou Copernic. Ses théories sur les sciences naturelles reprennent à la lettre les textes bibliques et la génération spontanée est pour lui une évidence tant la puissance du souffle divin emplit le monde. Et je m'arrête ici pour ne pas l'accabler... Mais il parait qu'à cette époque, la notion de vérité n'était pas aussi rigoureusement scientifique qu'elle nous est imposée aujourd'hui et que si on arrivait à produire une théorie particulièrement esthétique, elle pouvait être considérée comme vraie rien qu'à cause de sa beauté, car elle reflétait ainsi la beauté du monde telle qu'il avait été conçu par Dieu. Quelle belle idée !

Cela dit, vous pourrez en apprendre bien plus sur le personnage en lisant une biographie, sans doute légèrement romancée, parue il y a quelques années sous le titre « Là où les tigres sont chez eux » de  Jean-Marie Blas de Roblès qui obtint le prix Médicis pour son travail.

Un personnage fascinant qu'il est passionnant de découvrir un peu plus en profondeur.

>[Ataxerxes Kärcher]

 

 
 10/1/12  Site Imprimerie Nationale

[Imprimerie Nationale] Et l'année commence bien avec un autre site déniché par un de nos informateurs toujours à l’affût des perles cachées du web. Il s'agit cette fois d'un recoin peu connu du site de l'Imprimerie Nationale où elle dévoile dans « les voyages temporels » les différents lieux où elle a œuvré et une foule de documents sur son histoire depuis sa création en 1538. Dans « la création typographique », elle expose les différents domaines dans lesquels elle pratique la création de caractères, depuis la carte d'identité jusqu'aux ouvrages de bibliophilie en passant par le Brive, caractère institutionnel de la ville éponyme. Enfin, cerise sur le gâteau, perle des perles, merveille des merveilles, elle montre dans les « maîtres d'art » tous les métiers qui se côtoient autour de la conception, de la fabrication et de l'édition de ces ouvrages magnifiques que nous proposent « l'atelier du livre d'art et de l'estampe ».

Certains retrouveront au détour des vidéos quelques amis de l'IN comme Nelly Gable que l'on voit graver un poinçon d'euro et le porter au fondeur de caractères ou Frank Jalleau qui apparaît dès qu'il s'agit d'évoquer la création de caractères, domaine d'excellence de l'Imprimerie Nationale. Il est particulièrement heureux que l'on puisse ainsi montrer au grand public ce qui se cache derrière les murs parfois épais (métaphoriquement) de cette vénérable institution et comment on perpétue une tradition de l’excellence de la pratique de métiers pour la plupart vieux de plus de cinq siècles, tout en mariant ce lourd passé avec une modernité radicale quand il s’agit de concevoir les futurs documents administratifs comme les cartes d’identité ou les passeports.

Ne manquez pas également de passer par le site complet de l'IN, vous y découvrirez toutes les facettes de l'institution, comme les Maîtres d'Art distingués en son sein et si vous avez la chance de passer à New York, ne manquez pas l'exposition au Grolier Club qui doit être de toute beauté, si on en croit les photos qui nous sont données à voir. Enfin, Noël est déjà passé mais pour les plus fortunés de nos lecteurs, flânez un peu dans la boutique de l'atelier du livre d'art, si vous aimez les belles éditions (et que vous en avez les moyens !), vous ne pourrez pas rester insensible aux charmes des livres d'artistes qui vous sont proposés !

>[David Eaux]

 

 
 7/1/12  New! Le BdG sur Twitter

[Le BdG sur Twitter] En ce début d'année 2012, quinzième depuis la naissance de Graphos, une importante concession à la modernité est en passe d'être faite par le BdG, concession qui vous permettra de suivre de façon encore plus directe toute l'actualité calli-, typo- et tout simplement -graphique du monde merveilleux de l'écriture dans tous ses états : nous venons d'ouvrir un fil Twitter !

Ce « réseau social », comme on dit maintenant, vous permet gratuitement de créer votre propre compte, si vous n'en avez pas encore, de vous abonner aux flux d'information qui vous intéressent et de recevoir dans la minute toute nouvelle information qui y est postée. Bien entendu, vous pouvez, vous aussi, poster vos nouvelles ou re-poster celles qui vous plaisent aux gens qui sont abonnés à votre flux. Seule contrainte, mais elle est de taille, le message doit faire moins de 140 caractères… ce qui oblige à une certaine concision, et à pas mal de trouvailles graphiques et informatiques !

Vous me direz que certains utilisent ce genre de moyen de communication pour signaler à toute heure du jour et de la nuit ce qui leur arrive, depuis le menu de leur repas ou l'état des embouteillages sur leur trajet jusqu'à la fin de leur rouleau de papier toilette ! Rien de tel sur le fil du BdG, nous ne vous enverrons que des nouvelles fraîches et intéressantes, dont certaines seront reprises dans des articles futurs… ou pas.

Alors abonnez-vous au fil « BlogDeGraphos » et étonnez vos proches en sachant tout (et même plus) avant tout le monde sur le monde merveilleux de l'écriture !

>[Madmacs]

PS : n'étant pas forcément toujours en face de mon écran connecté à Twitter, le rythme des « twits » ne dépassera sans doute pas un ou deux par jour au maximum… Pas d'avalanches à craindre avec le BdG.

PPS  : nos fils RSS habituels continueront bien entendu à vous avertir des nouveaux articles de cette colonne.

PPPS : et si vous tombez sur des nouvelles particulièrement passionnantes qui pourraient être partagées avec les lecteurs du BdG, n'hésitez pas à nous les faire parvenir !

 
 3/1/12  Site Maitres d'art

[Maitres d'art] Un ami typographe (si, si, un vrai !) me signale un excellent site sur lequel on peut admirer les travaux des meilleurs artisans d'art... dont bien évidemment une série de personnages excellant dans la pratique des métiers du livre. Ce site regroupe les titulaires d'un diplôme de « Maitre d'art » qui est décerné par le Ministère de la Culture au gratin des artistes de chaque domaine.

On découvre ainsi la myriade de métiers artisanaux dont, je dois avouer humblement, la plupart m'étaient totalement inconnus. Car qui connait encore aujourd'hui le métier d'évantailliste, de plumassière, de plisseur, d'écailliste ou même d'ornemaniste ? Même mon correcteur orthographique en fait une crise cardiaque ! Pour tout savoir sur chacun de ces "maitres d'art", une petite présentation est faite de leur métier, souvent une galerie photo de leurs réalisations vous est proposée et de temps en temps on trouve même une vidéo montrant l'homme au travail et expliquant par le menu en quoi ce qu'il produit est hors du commun.

Régalez-vous de la vidéo de François Da Ros, typographe, de celle d'Yves Benoit, gaufreur, imprimeur et façonneur de velours ou de celle de René Taze, taille doucier et graveur d'art, qui parlent tous avec enthousiasme de la pratique quotidienne de leur art au plus haut niveau.

Et si vous vous sentez attiré par l'un d'eux, il est toujours possible d'entrer en contact avec eux pour leur demander de devenir leur élève, bien qu'à mon avis, cela demande une motivation de fer et une volonté d'acier pour tenter de parvenir à leur niveau.

>[Aimé Treudard]

 
 1/1/12  2012 Bonne année

[Bonne année] Et nous voici au début d’une nouvelle année graphosienne et néanmoins bloggesque, la quinzième pour ce qui est de Graphos et la septième pour ce qui est du Blog de Graphos. Sept ans, c’est l’âge de raison dit-on, à tort pour le BdG j’espère !

Et cette année, ce sera la fête pour les graphosiens avec un programme tout en réjouissances et en événements exceptionnels concoctés par notre maître à tous, des stages hauts en couleur et en gastronomie, mais aussi des visites en des lieux magiques et des invités talentueux qui nous transmettront dans une ambiance amicale leur vision personnelle de la lettre. Bref, faisons la fête avant la fin du monde !

Toute l’équipe se joint à moi pour vous souhaiter une bonne année avec son content de découvertes calligraphiques, d’émerveillements typographiques et de magnificence de la lettre dans tous ses états qu’elle soit tracée à la plume, au calame ou au pinceau, peinte sur les vitrines ou à la bombe, imprimée au plomb, au laser ou à la patate, gravée sur bois, sur pierre ou dans du polystyrène, ou même impalpable faite de tracés de lumière ou de pixels immatériels.

>[BdG]

 
 Décembre 
 
 28/12/11  Book François Boltana

[François Boltana] Je vous avais parlé il y a quelque temps d'un livre paru aux Ateliers Perrousseaux sous la plume de Franck Adebiaye et Suzanne Cardinal et portant le titre « François Boltana et la naissance de la typographie numérique ». J'ai enfin pris le temps de le parcourir, et bien que Noël soit déjà passé, je ne peux que vous le conseiller comme cadeau (vraisemblablement de vous-même à vous-même si vous lisez ces lignes).

François Boltana est un personnage qui n'a pas laissé une grande réputation dans le monde de la typographie, il est mort assez jeune et n'a sans doute pas eu le temps de donner la pleine mesure de sa créativité. Mais comme cela faisait longtemps que Thierry Garnier nous en parlait en tant que son maître en calligraphie, il était bien normal de se renseigner sur le personnage. Il est d'une génération intermédiaire, plus jeune que les grands anciens (Zapf & co) mais plus ancien que la nouvelle génération de la calligraphie, il navigue entre deux âges et s'est trouvé à une époque charnière sur bien des plans, que ce soit dans le renouveau typographique français ou dans celui de toutes les formes d'écriture dans les années 70-80, c'est-à-dire la transition au tout numérique.

Formé au tout début du Scriptorium de Toulouse, dont ce livre retrace les étapes de la création, fort peu connue de tout un chacun et donc de moi en particulier, il a basé bon nombre de ses créations typographiques sur une base calligraphique comme le célébrissime établissement toulousain l'enseignait. Le livre nous montre d'ailleurs quelques-unes de ses réalisations calligraphiques et je pense qu'elle font pâmer d'admiration bien des calligraphes, et moi en premier. Il a surtout été connu pour la création de quelques polices typographiques célèbres (Stilla et surtout Champion) mais on retrouve dans la plupart de ses créations bien des traces d'inspiration illustres, depuis la capitale romaine de l'empire jusqu'à des anglaises calligraphiées  qui conservent toujours cette souplesse de trait et cette légèreté des formes que seule les caractères basés sur la calligraphie peuvent créer.

Comme bien des précurseurs, il a « essuyé les plâtres » au niveau de la technique typographie, depuis l'éphémère photocomposition jusqu'aux premiers formats de police numériques sur Macintosh. Il a même créé son chef d’œuvre, le sublime Champion, une anglaise subtile possédant de nombreuses variantes avec diverses formes de paraphes dans un format de police aujourd'hui obsolète ce qui nous empêche d'en profiter sur nos modernes traitements de textes, et c'est bien dommage. S'il avait connu l'opentype, que n'aurait-il pas fait !

Il nous reste ce livre comme témoignage du remarquable talent de François Boltana pour le dessin de caractère, tant calligraphique que typographie et de ci, de là, dans notre quotidien typographique, quelques traces de son passage (l'enseigne de ma crêperie préférée est en Stilla, une de ses créations).

Bref, même si Noël est passé, il ne vous reste plus qu'à vous l'offrir sous un prétexte quelconque, l'Epiphanie ou le nouvel an chinois, vous pourrez ainsi découvrir ou redécouvrir ce personnage à la trajectoire hors du commun, Meilleur Ouvrier de France en typographie, et dont les travaux ne pourront que vous inspirer !

>[Prosper Messager]

 
 24/12/11  ^ Nouvelles de l'espace

[Nouvelles de l'espace] Serait-ce la proximité de Noël et la concurrence délibérée avec le vieux barbu et ses quatre rennes ou bien l'arrivée de 2012, le changement de cycle des Mayas et l'apocalypse prédite à cette date, toujours est-il que les échanges entre la terre et le ciel (enfin disons l'orbite terrestre) se sont intensifiés ces derniers temps.

Tout d'abord le lancement réussi du dernier-né des satellites d'observation de la Terre, le très attendu Pléiades, qui permettra de nous regarder depuis le ciel avec une précision parfaite et une souplesse inégalée. Prenez le temps de regarder les images réalisées à l'occasion de son lancement par une fusée Soyouz depuis la Guyane française. Un satellite semi-militaire français lancé par une fusée russe, la guerre froide semble bien terminée...

Ensuite nos amis chinois ont également démarré leur programme concurrent au GPS par le lancement d'un premier satellite Beidou. Après le GPS américain, le Glonass russe et le Galileo européen, un nouvel arrivant dans la course au positionnement global. Franchement, on n'aurait pas pu se mettre un peu d'accord et utiliser ces montagnes d'euros, de dollars, de roubles et de yuans pour améliorer le sort du reste de l'humanité ?

Mais, contrairement aux préceptes chrétiens, le ciel n'est pas la destination finale de tous ces amas de haute technologie, et tout ce qui monte au ciel en redescend forcément au bout d'un moment, Isaac Newton nous l'a amplement démontré. Et donc nous avons au choix un satellite russe Meridian dont le lancement s'est mal terminé et qui est retombé quelques jours plus tard en Sibérie, manque de chance, trouant le toit d'une maison située... rue des Cosmonautes (cela ne s'invente pas !). Il y a aussi une étrange boule retombée en Namibie dont on se demande encore de quel engin elle est le résidu. Et il y a enfin la sonde Phobos-Grunt dont on est actuellement sans nouvelles sinon qu'étant donnée l'orbite où elle a été placée, elle ne va pas tarder à nous retomber sur la figure !

Bref, si le soir de Noël vous entendez du bruit sur le toit, ne courrez pas vous précipiter dans les bras de ce que vous croyez être le Père Noël mais cachez-vous plutôt dans l'abri que vous avez préparé pour la fin du monde de décembre prochain !

Toute l'équipe de Graphos vous souhaite un joyeux Noël, profitez-en bien, c'est peut-être le dernier ?

>[BdG]

 
 20/12/11  Lost Institut d'Égypte

[Institut d'Égypte] Je viens d'apprendre avec désolation l'incendie de l'Institut d'Égypte au Caire. Fondé par Napoléon pour permettre les recherches sur la civilisation égyptienne, ses archives renfermaient nombre de documents, livres et cartes absolument uniques dont la disparition laisse un vide que bien souvent aucune autre bibliothèque ne pourra combler. Cet événement, bien qu'aisément explicable étant donné les événements actuels, vient s'ajouter à une liste, malheureusement fort longue, de diverses déprédation ou disparition du patrimoine de l'humanité lors des troubles, révolutions ou guerres qui ensanglantent régulièrement les pays de la région, depuis le pillage de la plupart des musées archéologiques lors de la guerre d'Irak, les nombreux vols d'objets anciens commis au Musée Archéologique du Caire ou la destruction à coup d'obus des bouddhas géants de Bamiyan par les talibans afghans. Dans la plupart des cas, les déprédations ont eu lieu en toute conscience des pouvoirs publics des pays, au mieux avec leur assentiment muet, au pire de leur propre volonté.

Alors que faire ? L'homme est ainsi fait qu'il reste dans une partie du monde d'une irresponsabilité affligeante et je ne pense pas qu'il soit possible de lui insuffler la nécessité du respect de ces témoignages uniques quand il brandit une kalashnikov et hurle des slogans vengeurs souhaitant la mort (ou pire) à la moitié du genre humain.

Faire comme le Royaume Uni en son temps, c'est-à-dire ramener les trésors égyptiens au British Museum et surtout, surtout ne pas les rendre quand le pays enfin modernisé en fait la demande ? Ou comme l'Allemagne dont le Pergamon Museum à Berlin a pu sauvegarder des dizaines de milliers de tablettes sumériennes irremplaçables qui seraient aujourd'hui détruites ou pillées avec celles qui sont restées sur place ?

Pour les documents, il est encore possible à tout le moins de les numériser et d'en garder une copie à l'abri au cas où les originaux se trouveraient détruits, mais comment faire pour les bouddhas de Bamiyan dont certains mesurent plus de cinquante mètre de haut ? Réhabiliter le colonialisme culturel et piller systématiquement les patrimoines nationaux des pays instables pour les ramener chez nous ?

Je ne pense pas qu'il y ait une réponse unique et indiscutable à ce problème, mais je crois que plutôt que de numériser les fonds de la BnF qui restent de toute façon bien au chaud dans les réserves, peut-être serait-il judicieux d'utiliser un peu de ces budgets pour aller numériser les fonds les plus en danger de par le monde. Il sera toujours temps plus tard d'aller rouvrir les portes des réserves de Tolbiac pour mettre à la disposition des internautes tel ou tel volume rare.

En tout cas, pour les documents de l'Institut d'Égypte, il est trop tard.

>[Papa Trimoine]

 
 16/12/11  Expo Tout le monde connait…

[Tout le monde connait Roger Excoffon] Oulamondieu, je me rends compte que le temps passe et que je ne vous ai toujours pas alerté sur l'ouverture depuis le premier décembre de l'exposition « Tout le monde connait Roger Excoffon » au Musée de l'Imprimerie à Lyon ! Eh oui, maintenant que vous avez lu et relu les deux livres (cadeaux de Noël ?) qui ont été consacrés cette année à ce remarquable créateur de caractères qu'est Roger Excoffon, il est temps d'aller voir « en live » (comme on dit maintenant) ses réalisations. Bon, ce ne sera pas une première car comme l'indique très explicitement le titre de l'exposition, tout le monde connaît Roger Excoffon. Tout le monde a vu de ci de là, à la campagne ou à la ville, ses caractères Banco ou Antique Olive sans forcément avoir attribué à cet ancien Chancelier des Rencontres de Lure les nombreux caractères qui peuplent encore le quotidien graphique de tout un chacun. Car la postérité de ses créations est assurée très largement même cinquante ans après leur introduction par la perfection technique avec laquelle il a œuvré. Le Mistral est un exemple de scripte typographique qui à mon avis n'a jamais été dépassé ni même égalé dans la typographie moderne. Il faut se rappeler en effet que tous ces caractères ont été prévus pour une technique d'impression au plomb et que les réglages de l'interlettrage se font de lettre à lettre et non pas comme dans nos plus modernes fontes numériques par des paires de crénage et autres astuces « opentypistes. »

Bref, profitez du départ de vos enfants chez leurs grands parents et de votre époux (épouse) chez votre belle-mère pour vous faire une petite escapade lyonnaise et aller voir non seulement cette exposition tant attendue mais aussi reparcourir avec délices la collection permanente de ce magnifique musée.

Pour ma part ce sera en janvier et je vous en rendrai compte par le menu dans cette colonne, promis !

>[Artémis Tralle]

 
 12/12/11  Livre Bonsaï et calligraphie

[Bonsaï et calligraphie] Vous avez peut-être appris récemment la sortie tant attendue du livre de notre callidentiste graphosien « Bonsaï et calligraphie » aux éditions Arqa. Si j'ai mis tant de temps à vous en parler c'est que je voulais absolument l'avoir lu de bout en bout avant. Seulement, comme je m'en suis vite rendu compte dès la lecture des premières pages, ce n'est pas un livre qui se dévore en deux heures à l'instar de nombreuses productions de la rentrée littéraire du genre « easy reading ». Non, ce livre, c'est du lourd et du profond. Pas le genre à vous sortir de la tête dès refermée la dernière page. Si on veut en apprécier toute la substantifique moelle, il faut le déguster, le savourer, mot par mot, phrase par phrase.

Et ce que Michel Fornasero nous expose dans son livre, ce sont les deux visions qu'il a de l'art de la calligraphie et de l'art du bonsaï ainsi que, et c'est là que cela devient encore plus passionnant, les multiples correspondances, passerelles et coïncidences qui existent entre ces deux disciplines aussi exigentes l'une que l'autre. Car seul Michel aurait pu écrire ce livre tant il faut être expert en ces deux domaines, les avoir pratiqué pendant de longues années, s'en être imprégné au point d'atteindre l'excellence en chacun d'eux pour en avoir intégré toutes les subtilités au point de pouvoir les fusionner au sein d'une même recherche artistique. Et c'est à travers une prose pleine de subtilité, de sensibilité et de profondeur qu'il nous expose le fruit de ses recherches. Ces pages sont aérées de quelques haïkus de sa composition et d'une remarquable iconographie qui font mieux comprendre, qui par la sensibilité poétique, qui par l'esthétique visuelle, tout ce qu'il est parfois difficile d'exprimer par les mots.

Ne vous attendez pas à ce que je vous parle du contenu de ce texte, je ne pourrais qu'en produire en quelques lignes qu'un bien pâle caricature. Si vous voulez apprendre, parcourez vous aussi ce chemin.

Noël approche et vous aurez peut-être quelques jours de vacances tranquilles pour vous plonger dans cet ouvrage, car c'est comme cela qu'il faut le lire, par petites bouchées, en plongée profonde, pour en retirer vraiment tout ce qu'il peut offrir.

Surtout si vous pensez qu'un bonsaïka n'est qu'un « tortionnaire de nains. »

>[Casoellius]

 
 8/12/11  g Isaac Newton en ligne

[Isaac Newton en ligne] Les anciens dont je suis ne peuvent pas manquer de connaître Isaac Newton. Non que le « niveau » que l'on nous dit éternellement « en baisse » de nos études secondaires ait été plus élevé à ce sujet que celui d'aujourd'hui, non, si nous connaissons tous Isaac Newton à partir d'un certain âge c'est à cause de la Rubrique à Brac de Marcel Gotlib ! Eh oui, Isaac Newton est une source perpétuelle de gags à base de gravitation pomologique comme le bip-bip et le coyote sont une perpétuelle source de gags gravitationnels et explosifs.

Rendons ainsi grâce à l'art décrié (à l'époque) de la bande dessinée pour nous avoir fait toucher du doigt l'histoire de la science à l'aube du XVIIIe siècle. Mais si Newton est surtout connu pour sa pomme (à propos, il semblerait que l'anecdote soit hautement fantaisiste) et pour la théorie de la gravitation (comme quoi deux corps s'attirent en raison de la masse de chacun d'eux et en raison inverse du carré de la distance qui les sépare, ce qui explique la sexualité exacerbée des éléphants de mer, est-il besoin de la rappeler ?), ce cher Isaac était aussi un alchimiste bien loin de la mathématisation du réel qu'il prône dans la plupart de ces ouvrages. Eh oui, bien loin d'être le matérialiste que nos professeurs de physique nous laissaient imaginer, il a tenté sans grand succès de faire coïncider ses connaissances scientifiques en physique, mécanique, optique et mathématique avec les lois de l'alchimie et de la théologie qui, ma foi, s'y soumettaient assez mal. Il fût, au dire des spécialistes, un grand alchimiste même si sa manie du secret nous empêche encore aujourd'hui d'en connaitre la plupart des achèvements.

Mais tout ceci est en train de changer car la bibliothèque de Cambridge se propose de mettre en ligne une version numérisée de la plupart de ses carnets de notes ainsi que de son exemplaire personnel des Pricipiae Mathematicae, l'ouvrage dans lequel il décrit ses découvertes scientifiques. Bien entendu, le premier lot mis à la disposition de la voracité des internautes intéressés par le sujet relève plutôt de ses études « sages », c'est-à-dire optique, physique et mathématique. Mais j'espère qu'ils ne s'en tiendront pas là et que bientôt viendront les rejoindre ses carnets beaucoup plus sulfureux où il décrit, dit-on, ses essais de transmutations diverses et ses approches du grand œuvre. Comme ces carnets sont en version originale sans traduction, il vous faudra potasser l'anglais mais aussi le latin et le grec. Mais la connaissance de l'intime de celui qui fût un des plus grands esprits de tous les temps est à ce prix.

>[Aristidès Othon Frédéric Wilfrid]

 
 4/12/11  & glou… Banquet Graphos 2011

[Banquet Graphos 2011] Nous avons vécu dimanche dernier un très beau stage de fin d'année, comme seule la convivialité de Graphos peut en produire. Henri Mérou nous avait fait l'honneur de venir nous rejoindre avec non seulement son humour à nul autre pareil mais aussi avec moulte documentation, depuis une ribambelle de livres de modèles de peintre en lettres jusqu'à ses fameuses enveloppes aller-retour qui ont une fois de plus déchaîné des fou-rires dans l'assistance.

Sur le thème du mail art, nous avons envoyé à un hôtel à Saint Valery en Caux une série de lettres à remettre à une date donnée à l'occupant anonyme d'une chambre donnée. En dehors de l’enveloppe magnifiquement calligraphiée et décorée (je ne vous dis pas le niveau du graphosien moyen en mail-art !), le courrier contient un poème de Baudelaire et une invitation pour le susmentionné anonyme destinataire à répondre à son correspondant d'un jour. Gageons que le tout suscitera suffisamment de curiosité pour que le nombre de réponses soit au rendez-vous.

Pour le traditionnel banquet de midi, nous nous sommes retrouvés treize à table, ça devient une habitude. Autre habitude, les mets furent totalement délicieux et les boissons abondantes mais choisies, tout en restant dans une consommation tout à fait modérée comme le bon goût graphosien en est le garant. Au cours du repas, Thierry, notre maître à tous, nous a présenté le nouveau livre de Michel Formasero, notre calli-dentiste-bonsaika, « Bonsai et calligraphie » paru aux éditions Arqa et tout frais sorti des presses. L'auteur eut même la gentillesse de nous faire la lecture d'un passage de son texte, déclenchant une salve d'applaudissement nourris. Dès que j'aurai lu cet ouvrage qui s'annonce passionnant, je vous en ferai le compte rendu. Au vu de la profondeur de pensée et de la poésie du texte, ne vous attendez cependant pas à ce que ce soit dans les prochains jours !

Bref, encore une excellente année graphosienne qui se termine et qui nous prépare à la suivante, dont le programme nous a été révélé à l'occasion. Et il sera festif le programme 2012, avec l'invitation de Laurent Rébéna, la visite de la fondation Louis Jou aux Baux de Provence, le stage de bâtarde flamande en la mythique Chancellerie de Lurs, et d'autres festivités qui nous réserveront sans doute d'inoubliables moments. Et oui, deux mille douze sera l'année des quinze ans de Graphos et aussi des soixante ans des Rencontres de Lure, c'est-à-dire si le champagne va couler à flot !

C'est toujours ça de pris avant la fin du monde en décembre prochain ?

>[BdG]

 
 Novembre 
 
 27/11/11  Lire Eric Gill

[Eric Gill] Les éditions Ypsilon semblent avoir la bonne idée de vouloir se faire une spécialité de la traduction et réédition de textes fondateurs de la typographie dont la plupart sont devenus totalement introuvables avec les années qui passent. Après le livre de Gerrit Noordzij dont nous vous avions parlé ici, voici qu'ils nous proposent le célèbre « Un essai sur la typographie » d'Eric Gill. Car en effet, seuls les anglophones avaient pu jusqu'à ce jour profiter des enseignements de ce grand ancien en faisant venir à grand frais ce livre en anglais depuis les lointaines librairies soit d'outre-Manche soit même d'outre-Atlantique.

Car bien que datant des années 1930, ce texte est tout simplement passionnant. Eric Gill y résume sa conception de la typographie et de la création de caractères avec moultes illustrations, depuis la forme du squelette des caractères jusqu'aux diverses formes de composition du texte et de la page. Certes, ce texte a près d'un siècle mais il n'a rien perdu de sa pertinence, même si la forme technique de la création de caractère a radicalement changé entre le plomb de l'époque et la dématérialisation des fontes actuelles. Mais loin d'être un manuel purement technique ou esthétique, l'auteur nous expose ici son mode de pensée sur les bouleversements qui traversaient son époque, sur l'irruption de l'industrialisation dans le monde typographique et la disparition de l’artisanat, sur l'uniformisation des solutions par rapport à la diversité des problèmes ou sur les nécessités de conserver le facteur humain dans un monde de machines, bref, toute un ensemble de considérations encore largement d'actualité dans notre XXIe siècle informatisé. Bref, un petit ouvrage à lire et à relire sans aucune modération.

Le seul bémol qui a terni la joie de relire ce texte, c'est la fabrication du livre. Cela fait plusieurs fois que je trouve des livres de petit format (celui-ci fait 11 cm sur 17 cm environ) qui sont imprimés sur du beau papier plutôt fort et donc rigide, au dos carré largement encollé, ouvrages pour lesquels l'effort à faire pour ouvrir les pages sans casser le dos est proprement herculéen (bon, je suis dans la région de Marseille alors je vous avoue que j'exagère un petit peu...). Et l'exercice intense de musculation que fait la main qui tient le livre et les doigts qui écartent les deux pages en vis-à-vis est tel qu'au bout d'une petite demi-heure de lecture, j'ai des crampes dans la main qui me forcent soit à lire à deux mains, soit à fermer le livre et à me rabattre sur une émission de divertissement télévisuel (horresco referens). Mais non, c'est une blague, en fait je n'ai pas la télé (au grand dam de mes enfants). Et donc je me rabats plutot sur un bon vieux volume de la Pléiade qui pour le même format mais le quintuple du prix, offre un confort de lecture absolument divin. Pensez-y donc, amis éditeurs, faites de plus grands formats moins épais ou utilisez du papier moins rigide, si vous ne voulez pas que vos lecteurs se retrouvent avec des mains dignes des battoirs de nos grand-mère lavandières.

>[Arnold Grossehaende]

 
 23/11/11  Jeu Shape me

[Shape me] Maintenant que vous avez réussi plus de 95/100 au petit jeu de réglage des approches que je vous ai proposé il y a quelques jours, je vous suggère de continuer l’éducation de votre œil calli-typo-graphique par un autre exercice réalisé de façon tout aussi magistrale par le même développeur et qui porte cette fois-ci sur la forme des lettres. « Quoi, allez-vous me rétorquer, sachez, môssieur, qu’en calligraphie la forme des lettres s’obtient par l‘angle immuable du bec carré de la plume et non pas à volonté comme cela est possible en typographie ! » Certes, vous répondrai-je mais qu’en est-il de l’anglaise (que les graphosiens ont étudié dimanche dernier) tracée à la plume pointue et dont l'épaisseur du trait est entièrement déterminée par la pression qu'exerce la main du scribe ? Et, poursuivrai-je, ne vous arrive-t-il pas de « twister » légèrement votre automatic pen pour amincir un trait ? Ou d’appuyer un peu plus sur votre Braüse pour mettre du poids là où vous le désirez dans tel ou tel tracé ? Donc, pas d’excuses foireuses, et au boulot !

Il s’agit cette fois de régler les courbes englobantes d’un caractère en tirant plus ou moins sur les ronds bleus. Attention, parfois, il n’y a qu’une seule tangente mais parfois il y en a deux, et on peut régler à la fois leur « tension » et leur angle. Prenez votre temps, le défi est à mon avis bien plus difficile que celui des approches, puisqu’il faut avoir beaucoup d’intuition pour retrouver ce que chaque créateur a voulu mettre dans son caractère sans voir le reste de l’alphabet. Mais, comme la dernière fois, votre œil en sortira beaucoup plus agile dans le placement ou l’équilibrage des pleins et des déliés.

Bonne chance à tous !

>[Gaétan Gente]

 
 20/11/11  Hax Goncourt

[Goncourt] L'automne littéraire me fait toujours penser à un carnaval où chacun joue un rôle bien au point, ce qui permet aux médias de s'en donner à cœur joie dans les plus vils potins mais aussi et surtout de créer du sensationnel là où encore une fois, il n'y a que de l'habituel : chaque automne c'est la rentrée littéraire. Je ne vous parlerai pas de telle ou telle petite phrase assassine en mode sniper, sur tel ou tel livre, ni de tel ou tel élément sulfureux apparu à point nommé dans les quelques jours qui précèdent l'attribution des prix littéraires les plus renommés. Non, je voudrais juste évoquer quelques éléments glanés ici et là dans la presse au sujet du prix Goncourt de cette année.

On nous serine, « quelle performance, les x milliers d'exemplaire du Goncourt ont été imprimés en une nuit ! » Euh, vous nous prenez pour des caves ? Huit jours avant l'attribution du prix, quasiment tout le monde s'accordait à donner comme favori Alexis Jenni et son « Art français de la guerre », donc si vous n'avez pas anticipé, messieurs de chez Gallimard, je vous encourage à lire un peu plus les journaux ! Et l'argument de qualité du livre était complémenté par le fait que nous fêtons les cent ans de la maison et qu'il était imaginable que de donner le Goncourt à un livre de chez eux pouvait constituer un hommage à cette prestigieuse maison d'édition. Non, je ne crois franchement pas à la « performance extraordinaire ».

Par contre, cette histoire est un parfait alibi pour une drastique réduction de coûts, car le texte imprimé du dit Goncourt est semble-t-il pourvu d'un nombre respectable de coquilles et autres photes d'aurtografe qui en ternissent la splendeur, preuve que même pour le livre le plus vendu de l’année, on rechigne à payer un correcteur d’épreuves pour qu’il extirpe les dernières imperfections d'un texte par ailleurs de grande qualité. Heureusement, la communauté hacker a immédiatement pris les choses en main et a produit (gratuitement !) une version pirate de l'eBook en question dans lequel toutes les fautes sont corrigées ! L’histoire ne dit pas si les hackers sont de bons correcteurs, s’ils ont aussi piraté un logiciel de correction ou si des correcteurs professionnels se retrouvent le soir devant leur écran pour exercer leur activité professionnelle en sous-marin.

Eh oui, malgré ses cent ans ce n'est pas de la maison Gallimard que sortira cette année la meilleure édition du Goncourt mais bien de la mule, de bittorrent et des autres darknets en p2p ! Guy Fawkes aurait été content…

>[Madmacs]

PS : que tout ceci ne vous empeche pas de lire ce livre, avec ou sans les fautes, de toutes part affluent les louanges et nombre de critiques avisés assurent qu'il s'agit d'un très bon cru. Au contraire du beaujolais nouveau…

 
 17/11/11  Web Oui mais non…

[Oui mais non…] Le Comic Sans MS, est non seulement la typo la plus détestée du Web, mais encore faut-il le dire - à juste raison… Notre confrère Basile Lisible en faisait un compte-rendu tout graphosien, le 26 octobre 2010, sur le BdG (>voir archives – « Beurk illisible ? »). Un de nos amis, des plus anciens et des plus compétents, en matières d’arts graphiques, nous faisait passer hier, un lien internet pour la promotion (?) de ce magnifique alphabet, le « Comic », conçu et réalisé comme nul ne l’ignore par Vincent Connare. Ma souris n’ayant fait qu’un tour, un projet, (voir ci-joint, colonne de gauche - by Teg ©), fut immédiatement réalisé selon les critères du concours et ce : « afin de rendre une affiche jolie même avec une police Comic Sans MS » – Voir sur le site.

Bonne chance donc à tous les amis lecteurs du BdG, qui décideraient, eux aussi, d’envoyer une de leur production graphique réalisée en Comic Sans. (Un challenge à la portée des plus chtarbés, évidemment). Pace Salute.

>[Omer Simpson]

PS // Selon la formule consacrée, « à l’heure où nous mettons sous presse », nous n’avons pas encore reçu de retour-mail, du Webmaster dudit site ( ?), pour savoir si notre participation a bien été retenue, … afin de pouvoir orner la galerie de présentation ?

PPS // (Je pousse cependant un petit billet pour parier que le doc. réalisé ne verra pas le jour, sur le site en question… ?).

 
 14/11/11  Jeu Kern me

[Kern me] La calligraphie tout comme la typographie ne peut parvenir à la perfection que par une longue et constante éducation de l'œil. Tout apprentissage de ces arts passe donc par l'observation des travaux des maîtres afin d'en tirer la substantifique moelle et d'arriver enfin à apprécier une courbe bien tendue, des proportions équilibrées et un squelette de la lettre en tout point conforme aux canons de la beauté calli- ou typo-graphique.

Mais l'observation est une chose et la mise en pratique en est une autre. A moins de passer de longues heures à déplacer des lettres découpées aux ciseaux et de les scotcher en position puis de les fixer au mur, de reculer de trois mètres et d'en analyser les approches, il est difficile d'apprécier son propre degré d'expérience en cet art éminemment subjectif et totalement rétif à une quelconque mise en équation.

Heureusement, un bienfaiteur de l'humanité a pris le temps de proposer à tous les internautes intéressés, et gageons qu'ils seront nombreux, un petit jeu très bien fait qui permettra à tout un chacun de tester son sens des approches. Eh oui, les jeux en Flash ne servent pas qu'à distraire les pré-adolescents en manque de violence virtuelle sur les avions, les chars d'assaut, les animaux ou même quelques-uns de leurs frères humains. Ils permettent aussi de faire des exercices intelligents et interactifs qui enrichiront au moins le joueur sinon le programmeur, encore que j'en doute, ce « jeu » est en accès totalement libre.

Vous vous trouvez donc devant une série de mots dont il faut régler les approches en cliquant sur les lettres et en les déplaçant vers la droite ou vers la gauche. Comme vous ne pouvez pas déplacer ni la première ni la dernière lettre du mot, le but est que le mot tienne dans l'espace qui vous est alloué et que les lettres soient « convenablement » espacées en fonction de leur nature, de leur forme et bien entendu de la police de caractères choisie. Quand vous pensez avoir correctement réglé vos approches, proposez votre solution et l'ordinateur vous notera sur votre réussite. Ne pensez pas que l'ordinateur soit plus « intelligent » que vous dans ce domaine, il ne fait que reproduire à la lettre ce que le créateur de ces caractères a spécifié lors de la conception de sa police. Bon amusement !

PS : et n'oubliez pas que Frank Adebiaye et Suzanne Cardinal vous présenteront leur ouvrage : « François Boltana et la naissance de la typographie numérique » édité chez Atelier Perrousseaux, à l'occasion d'une soirée dédicace à la librairie Byblos le 18 novembre prochain à partir de 17 h. Infos pratiques : 95, rue Blomet 75015 PARIS Métro : Vaugirard (ligne 12). Pour les plus gourmands d'entre vous, un repas est prévu en face au Tabac de la Mairie, vous proposant de nombreuses spécialités auvergnates. Je vous entretiendrai très prochainement plus en détail du contenu de cet ouvrage très attendu.

>[Irma Daubeflache]

 
 11/11/11    Comment on fabrique…

[Comment on fabrique un livre à l'École Estienne de Paris] Pour les quelques lecteurs que les nombreux articles de cette colonne à propos de la culture typographique n’ont pas encore précipité dans les rares ouvrages disponibles sur la question, pour ceux que la curiosité n’a pas encore poussé à aller déranger tel ou tel ami conducteur de Heidelberg ou pour ceux trop éloignés du musée de l’imprimerie de Lyon pour y satisfaire leur soif de connaissance, Christian Paput, ancien graveur de poinçon de l’Imprimerie Nationale, a retrouvé parmi les sombres caves de l’INA un petit joyau de film muet (c’est à la mode !) qui explique par le menu la naissance d’un livre à l’école Estienne dans les années 1930. Expliquant toutes les étapes par le menu, depuis la gravure du poinçon jusqu’à la reliure finale, ce petit film vous fera comprendre visuellement et simplement ce que sont exactement un poinçon, une matrice, une fonte, un composteur, une casse et tous ces termes ici employés. Vous constaterez aussi, à voir la mine et les attitudes des personnes filmées sur le vif, que l’ambiance qui règne dans ces ateliers semble bien différente de celle qui règne dans nos collèges actuels ! O tempora, o mores… comme dirait notre bon vieux Cicéron, pour une fois convoqué pour une autre citation des Catilinaires que « Quousque tandem abutere Catiline patientia nostra ».

Ce petit film sera un excellent prélude également à votre visite de l’exposition Histoire de caractères à la bibliothèque Méjanes qui vit ses derniers jours et qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte ! Moi qui vous parle, métaphoriquement, je l’ai déjà vue trois fois et je ne m’en lasse pas.

Et un grand merci à Christian Paput pour nous avoir signalé une telle merveille !

>[Félicie Séron]

 
 7/11/11  Blaise Monod

[Blaise Monod] Nous apprenons avec tristesse le décès de Blaise Monod le 26 octobre 2011. Blaise était l’un des fils de Maximilien Vox (Samuel Monod pour l’état civil), le fondateur des Rencontres de Lure qui fêteront l’année prochaine leurs 60 ans et qui continuent chaque année de réunir les amoureux de la lettre en fin d’élé dans le cadre délicieux du petit village provençal de Lurs. Blaise était graphiste et c’est d’ailleurs à ces sessions d’été que nous avions pu le rencontrer. Il était venu en toute simplicité nous parler de son père et nous conter quelques anecdotes familiales qui ont mis un peu d’humanité dans l’image hiératique que nous avions de ce grand ancien. Il avait aussi hérité de son père un talent pour la gravure sur bois et j'ai retrouvé une de ses œuvres au détour du feuilletage de « Caractère Noël » (celui de l'année de ma naissance par exemple) qui ornent toutes les bonnes bibliothèques.

Nous adressons toutes nos condoléances à sa famille.

>[BdG]

 
 4/11/11  Sécu Only human…

[Only human…] Eh oui, frères humains, maintenant que nos machines sont totalement sécurisées, régulièrement patchées, surveillées en permanence par nos anti-virus, anti-malware et autres pare-feu, que des myriades de sociétés de sécurité alertent le monde entier dès que la moindre trace du prochain Stuxnet, Duku ou Slammer apparait, dans ce monde donc où l'information est verrouillée (ou devrait l'être), le point faible c'est vous !

Oui, vous qui cliquez sur le lien d'un mail reçu d'on ne sait qui proposant des logiciels à des prix ridicules, des agrandissements d'un organe que vous devinerez sans peine, des caisses pleines de dollars abandonnées par un dictateur africain, de pauvres religieuses perdues à la merci des hordes de barbares africains ou musulmans déchaînées, des montres de luxe pour épater vos voisins au tarif d'une vulgaire tocante de bas étage… Oui, c'est vous qui allez vous même faire rentrer à l'intérieur de votre forteresse informatique le logiciel malveillant qui vous pourrira la vie. Oui, vous qui allez cliquer au hasard d'une publicité alléchante, voir déshabillée (choisissez le thème qui vous tient à cœur), juste pour voir ou pour rigoler, et dont une page du site restera discrètement dans un coin de votre écran à noter tous vos mots de passe. Oui, vous qui cherchez à télécharger ce film tout récent en haute définition qui nécessite un décodeur spécial qui n'est autre qu'un… cheval de Troie !

Car les bonnes vieilles recettes sont toujours les meilleures et l'Odyssée garde toute son actualité en ce début de XXIe siècle. On vous allèche ? On vous fait des propositions trop belles pour être honnêtes ? On vous propose des cadeaux ? En ce monde où la marchandise est reine, timeo danaos et dona ferentes nous rappelle le vieux Virgile (non, pour les non latinistes, il ne s'agit pas de craindre ni Timéo ni une courtisane espagnole, Donna Ferentes, mais d'une maxime signifiant je crains les Grecs, même quand ils apportent des cadeaux), car ce clic malheureux que vous allez regretter pendant longtemps sera votre assentiment à laisser entrer le moyen le plus sûr de nos jours pour infecter un ordinateur, le fameux cheval de Troie (trojan horse ou trojan tout court pour nos amis anglophones).

Et je ne parle même pas de cette nouvelle mode qui fait fureur outre atlantique, l'ingéniérie sociale qui consiste à percevoir tout être humain ou toute organisation comme un système dont il s'agit de trouver et d'exploiter les failles. Certes, cela demande des moyens plus importants qu'une campagne d'email auprès de millions de boites innocentes qui est virtuellement gratuite. L'ingéniérie sociale est encore de nos jours réservée à des cibles dont les informations sont de grande valeur, comme les administrations, la défense ou les sociétés financières. Cela commence parfois par « Allo ? c'est l'assistance Microsoft, nous avons détecté un virus sur votre machine et il faudrait que vous fassiez telle ou telle manipulation… » qui bien sûr se révélera bien moins dans votre intérêt que vous ne pourriez l'espérer. Une série d'articles récents décrit par le menu comment une fausse visite incendie permet en quelques minutes de récupérer une montagne de données confidentielles par le simple fait de lorgner de ci de là sur les ordinateurs que la responsable va proposer de sa propre volonté à l'inspection. Un petit keylogger par ci, un petit émetteur wifi pirate par là et le tour est joué, le cheval de Troie humain est tout aussi efficace que sa contrepartie logicielle.

Alors, que faire sinon se lamenter sur sa propre faiblesse et son incommensurable naïveté ? Les agents de Matrix nous le disent pourtant clairement « Only human… » « Vous n'êtes que des humains… » et Nietzsche de renchérir « Humain, trop humain… », c'est dans notre nature que les plus malins tirent profit des plus naïfs et je ne suis pas sûr qu'en devenant totalement paranoïaques, en développant notre penchant à la suspicion envers tous et toutes depuis nos hommes politiques jusqu'à nos voisins de palier en passant par les journalistes ou les garagistes, nous ne soyons pas en train justement de perdre notre nature humaine.

Salut et fraternité !

>[Madmacs]

PS : rappel aux aixois, samedi prochain 5 novembre à l'Institut du Livre, conférence de Matthieu Cortat dans le cadre du 500e anniversaire de Garamont !

 
 1/11/11  .;:,? Tire ta langue

[Tire ta langue] Où l'on reparle d'Étienne Dolet… La liste typo pointait il y a quelques jours un numéro passionnant de l'émission « Tire ta langue » sur le thème de la ponctuation à la Renaissance. Mais que cet intitulé, qui peut sembler un peu abscons de prime abord, ne vous détourne pas d'écouter cette émission car bien loin de pinailler sur la date précise de l’apparition du point virgule chez tel auteur, elle expose de façon claire et néanmoins précise les buts de l'utilisation de la ponctuation chez certains auteurs de ce merveilleux XVIe siècle, comme nous le trouvons nous qui n'y vivons pas. Étienne Dolet nous l’explique par exemple dans son célèbre « De la punctuation de la langue francoyse. Plus. Des accents d'ycelle », il s’agit de rythmer la lecture et par la même la pensée, donc de pratiquer une rhétorique plus accessible. Mais vous entendrez aussi Nathalie Dauvois vous parler de la façon de travailler des ateliers d'imprimeurs, des différentes manières de ponctuer la poésie et ce que l'on peut indiquer par là, ou bien même de l'antagonisme entre misogynes et féministes qui semble avoir atteint des sommets de vigueur dans les propos à cette époque.

Bref, ne manquez pas de consacrer une petite demi-heure à écouter cette émission avant que, d’ici quelque temps, elle n'aille rejoindre ses milliers de congénères dans les caves bien remplies de l'INA !

>[Amédée Cripteur]

PS : pour ceux qui auraient des insomnies en ce moment, ou tout simplement ceux qui voudraient approfondir le sujet, le livre de Nathalie Dauvois et Jacques Dürrenmatt est présenté ici.

 
 Octobre 
 
 29/10/11  pwnd Le manuscrit Copiale

[Le manuscrit Copiale] Un événement sensationnel a agité ces derniers jours le petit monde bien tranquille des décrypteurs de manuscrits historiques. On a décrypté le manuscrit Copiale ! Ce manuscrit du XVIIIe siècle, nommé Copiale à cause d'une des deux seules mentions non cryptées du document, est composé en un étrange mélange de caractères romains, grecs et de symboles alchimiques, ornés parfois des accents pour le moins inhabituels. L'équipe de décrypteurs de l'Université de Californie du sud, Kevin Knight et ses collègues Beáta Megyesi et Christiane Schaefer, ont bien entendu utilisé un ordinateur pour s'affranchir des fastidieuses opérations de transcription lettre à lettre des 105 pages de code, mais en lisant attentivement leur article, on se rend vite compte que leur succès est dû bien plus une série de fulgurantes intuitions sur la nature du code et du langage qu'il cache qu'à l'utilisation de la force brute de décodage de l'ordinateur.

Une fois décodé, le manuscrit décrit un rituel d'initiation et divers éléments de théorie politique d'une société secrète comme il en pullulait à cette époque, et il fournit ainsi de précieuses données aux historiens spécialisés. Et ensuite, me direz-vous ? Il reste bien entendu le manuscrit Voynich, évoqué de nombreuses fois ici même, mais dont la nature du texte et le code employé font toujours enrager les cryptographes amateurs et professionnels. D'abord parce que contrairement au manuscrit Copiale qui a été écrit pour être facilement déchiffrable à chaque fois que l'on voulait un élément de référence du rituel, le manuscrit Voynich (et le codex Seraphinianus dans les années 1970) n'ont pas été fait pour être lus mais bien pour proposer un code indéchiffrable qui est l'intérêt cryptographique du manuscrit en soi. Pour le Copiale, le code est ainsi une simple substitution multiple, certes difficile à retrouver sans la clé, mais assez facilement lisible pour un initié qui en possèderait le secret. Alors que le codex Seraphinianus, par exemple, n'est pas fait pour être lu mais plutôt pour l'aspect esthétique de cette écriture étrange et des non moins étranges figures qui l'accompagnent.

Alors, même décrypté, le manuscrit Copiale reste un magnifique exemple de calligraphie régulière et d'imagination créatrice qui ne pâlit en rien devant ni le Voynich ni le Seraphinianus.

>[Amédée Cripteur]

 
 26/10/11  Sécu Les hamburgers ont des oreilles

[Les hamburgers ont des oreilles] L’humain moyen est tel que pour s’épargner un effort parfois minime, il est prêt à prendre des risques souvent importants voir même gravissimes. Non, je ne parle pas de ceux qui pour s’éviter de marcher quelques mètres et d’attendre quelques secondes traversent telle grande artère en plein milieu de la circulation, remettant leur vie entre les mains de chauffeurs qu’ils espèrent bienveillants. Non, je ne parle non plus de ceux qui pour gagner quelques précieuses secondes, vont doubler sans visibilité, rouler à tombeau ouvert quitte à mettre leurs économies, leurs points de permis et même leur vie en danger pour quelques miettes de temps dont on espère au moins qu’ils les utiliseront de manière particulièrement profitable. Non, je vous parlerai aujourd'hui de ceux qui pour s’éviter de devoir brancher un câble entre leur « box » et leur ordinateur, effectuent leurs achats, leur gestion bancaire ou autre opération privée à travers leur liaison radio Wifi, au vu et au su de tout le quartier.

Mais oui, la radio est ainsi faite que tout un chacun peut émettre et recevoir, et que tout ce que vous émettez peut être écouté et donc entendu. Certains poussent l’inconscience jusqu’à faire des achats sur internet à travers des réseaux publics (MacDonald’s et autres) ou ne mettent pas de mot de passe à leur propre réseau. Eh oui, même les plus informés se laissent parfois aller à la facilité, les irakiens ont ainsi pu récupérer en temps réel les vidéos que les drones américains envoyaient à leur base parce qu’un informaticien paresseux n’avait pas pris la peine de crypter leur communication. Et même. On a appris il y a quelques jours qu’un groupe de hackers non identifiés a pu prendre à plusieurs reprises le contrôle de deux satellites civils d’observation (Terra AM-1 et Landsat7). Certes ce n’est pas à la portée de tout un chacun et étant professionnellement du domaine, je peux vous dire que connaitre les fréquences, les codes, les protocoles, les clés de cryptage et les mots de passe est bien plus complexe que télécharger un programme à quelques dollars (voire même gratuitement) pour craquer la clé WEP du réseau du voisin. Certes, ils ont été bienveillants et n'ont rien fait de leur accès, ni de leur demander de se désorbiter, ni de griller leurs capteurs en leur faisant regarder le soleil. Certes, un traité datant de la guerre froide interdit de placer des armes en orbite (ce traité est quasiment respecté à l’exception de quelques satellites tueurs de satellites), évitant qu’un petit malin puisse rigoler à déclencher une guerre nucléaire totale.

Donc, quand vous faites quelque chose d’important sur votre ordinateur, même si vous êtes sur un serveur prétendu sécurisé, même si vous avez la meilleure clé 802.1X du monde, ne le faites pas à travers le wifi : branchez un câble, coupez votre accès wifi et évitez que tout les gens du quartier (ou tous les amateurs de hamburgers autour de vous) n’apprennent votre numéro de carte bleue, ou votre mot de passe bancaire, celui de votre mail ou celui… de votre compte Facebook !

Mais l’ordinateur n’est pas le maillon le plus faible de la chaîne de sécurité, car vous verrez dans quelques jours que ce maillon, c’est vous !

>[Madmacs]

 
 23/10/11  Reims Cybercallis et cyberbooks

[Cybercallis et cyberbooks] Amis des bibliophiles et des carolingiens bonjour ! Le blog de Graphos est heureux dans ce post de vous convier à visiter (virtuellement mais aussi à pédibus), le fonds ancien de la bibliothèque municipale de Reims (1) qui vient de faire l’objet d’une numérisation attendue depuis plusieurs années… Manuscrits…VIIIe et IXe siècles dans le cadre du projet « European Regia » qui consiste à mettre en place une bibliothèque virtuelle de manuscrits européens du Moyen Age et de la Renaissance (2) – rien que ça !... Vous y découvrirez, entre autres, 100 manuscrits inédits et 66 enluminures ! Autrement dit une mine d’or pour tous les apprentis paléo-calligraphes et consorts…

Je profite également de cette info pour signaler à tous les lecteurs du BdG., fidèles de Gallica et amis bibliophiles en quête de serpents de mer et autres raretés que vous pouvez maintenant commander à prix sympa, grâce à la philanthropique mais néanmoins rémunérée société « The book édition » (3), la réimpression d’un livre publié avant 1900 parmi les quelque 170 000 titres aujourd’hui disponibles chez Gallica ! > « Comment faire ? > Sur la barre d'outils au-dessus du document de votre choix, cliquez sur le bouton « Commander » et sélectionnez l'imprimeur partenaire de la BnF dont l'offre vous convient le mieux. Vous recevrez un livre imprimé à l’identique de l’original, les délais, conditions de ventes et tarifs sont propres à chaque partenaire. » Voilà qui est dit ! Alors à vos souris…

>[Jorge Luis Cyborg-Gesse]

(1) Bibliothèque municipale de Reims

(2) « Depuis le 26 juillet dernier, la société de service Azentis a installé un atelier de numérisation à la Bibliothèque municipale de Reims, dans le cadre d’un marché avec la BnF, pour numériser entre 50 et 60 manuscrits carolingiens, pour un total de 17.000 pages. Le projet « Europeana Regia », lancé début 2010, réunit cinq grandes bibliothèques européennes (Bnf, Bibliothèque Royale de Belgique, Bayerische Staatsbibliothek, Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel et Biblioteca historica de la Universitat de Valencia) dans le but de reconstituer une bibliothèque virtuelle composée de l’essentiel des documents royaux européens d’ici fin 2012. Avec un budget de 3,4 millions d’euros, il est financé à 50% par la Commission européenne. Le projet numérisera plus de 300.000 pages, comprenant 426 manuscrits de l’Empire carolingien, 163 manuscrits de la Librairie du Louvre, à l’époque de Charles V et sa famille, et 282 manuscrits de la bibliothèque des rois aragonais de Naples. » (source ActuaLitté.)

(3) entre autres ici 

 
 20/10/11  Sécu Noli me tangere

[Noli me tangere] Trois faits divers récents m'incitent à vous proposer trois articles sur la sécurité informatique ou comment prévenir les dégâts quand on a chez soi un ordinateur et qu'on n'est pas du métier. Trois principes simples qui vous éviteront bien des ennuis, je l'espère.

Il y a quelques semaines, l'armée américaine a avoué avoir trouvé un virus sur leur réseau informatique interne et notamment sur les ordinateurs qui permettent de piloter les drones armés en Afghanistan depuis le fin fond de la cambrousse américaine. Ce virus, un « keylogger » (enregistreur de clavier) permet, chez M. Tout le Monde, de noter le numéro de carte bleue lorsqu'il effectue des paiements en ligne ou de capturer son mot de passe quand il se connecte à sa banque.

Fait inquiétant : le service de sécurité de la base militaire en question avait déjà repéré le logiciel malveillant depuis plusieurs semaines mais n'en avait pas parlé aux autres membres du réseau pour ne pas se ridiculiser, mettant ainsi en danger tout les autres ordinateurs de ce réseau. A priori, le virus est rentré par l'intermédiaire d'une clé USB sur laquelle se trouvait des cartes d'une région où se déroulent des opérations en Afghanistan.

Fait rassurant : les réseaux internes militaires sont tous séparés des réseaux publics par un « air gap » (un intervalle d'air) c'est à dire qu'en fait ils ne sont pas connectés physiquement, ce qui fait que le petit virus sur ce réseau se retrouve tout seul sans personne de qui recevoir des ordres ou à qui renvoyer les informations qu'il a glanées ici ou là. C'est une pratique universelle, et ceux qui prétendent avoir pénétré « les ordinateurs secrets de la CIA », quand ce ne sont pas des mythomanes, se sont le plus souvent laissé abuser par des « pots de miel ».

Et dans la série « quand les événements nous dépassent, feignons de les organiser », une fuite anonyme interne à l’armée américaine prétendrait que ce virus est en fait un moyen de contrôle de la hiérarchie sur les opérateurs de drones. Ça me fait doucement rigoler, s’ils ont besoin d’un virus pour savoir ce que font leurs opérateurs alors c’est que l’informatique militaire américaine est vraiment au fond du trou !

La leçon de cette histoire est que nul n'est à l'abri d'une infection de nos jours, le tout est qu'elle puisse faire le moins de dégâts possibles : sauvegardez vos données sur un disque externe que vous brancherez le moins souvent possible, quand vous n'avez pas besoin de votre ordinateur, éteignez-le et surtout n'y mettez aucune information que vous ne voulez pas voir se retrouver un jour dans la nature. Pas de numéro de carte bancaire (les eCartes Bleues sont le seul moyen de faire des achats sur internet à moindre risque), n'utilisez le serveur de votre banque que s'il ne permet aucune opération d'envoi d'argent ailleurs que sur des comptes que vous avez déclarés (c'est par exemple ce que fait la Banque Postale) et n'y laissez aucune photo compromettante, lettre privée ou autres données confidentielles, imprimez-les et effacez la copie numérique.

Un jour ou l'autre, même si vous êtes sûr d'être à l'abri, vous y passerez, comme l'armée américaine, et moins il y aura de possibilité de dégâts mieux vous dormirez les jours suivants.

Et bientôt, je vous parlerai des murs qui ont des oreilles…

>[Madmacs]

PS : attentions aux traductions fantaisistes et sensationnelles parues dans la presse française : ce ne sont pas les drones qui ont été infectés, mais les ordinateurs de pilotage et le virus n'est ni « coriace » ni « inconnu » puisqu'il a été détecté et éliminé d'une partie des machines concernées.

 
 17/10/11  WE Fête du Livre

[Fête du Livre] On nous informe de tout côté de la tenue d’une grande fête du livre à Forcalquier à partir de vendredi prochain et pour tout le week-end ! Vous qui vous demandiez que faire avec la survenue des premiers frimas en Provence, voilà une activité toute trouvée qui comblera à la fois votre sens esthétique et vos sensibilités thermiques. Notez que le dimanche, normalement, tous les habitués de Graphos ont rendez-vous à L’Angélus pour notre stage de rentrée sur « du monogramme à l’ex-libris » et qu’ils devront donc se rabattre sur les festivités du vendredi et du samedi.

En fait, autour du livre, un grand nombre d’activités vous sont proposées sur le thème de « l'image imprimée » : expositions, visites guidées, ateliers de démonstration mais aussi des événements autour de la gravure sur bois, de la linogravure, de l'image détournée, de l’empreinte, de la lithographie, de la taille-douce, du gaufrage, des monotypes, des empreintes & des haïkus… bref, de quoi contenter les plus exigeants ! Il y aura entre autres Christian Paput en personne pour nous parler de l’extraordinaire travail de Louis Jou, cet imprimeur des Baux qui porta la typographie et l’art du livre à des sommets rarement atteints (c’est mon idole).

Bref mille raisons pour vous rendre ce week-end à Forcalquier pour y fêter le livre dans une ambiance à nulle autre pareille. Le programme est disponible ici et , ne manquez pas cet événement exceptionnel !

>[Mishima Jimprimé]

PS : on nous signale également la présence de « La cuisine antique » dont les spécialités méditérranéennes nous régalent chaque été à Lurs. De quoi joindre la gastronomie à la typographie, une fois de plus !

 
 14/10/11  Clic Garamont, 500e

[Garamont, 500e] Ça y est ! Le grand jour est enfin arrivé, celui que nous attendions tous depuis des lustres ! Impatients que nous étions de découvrir enfin, en ce 14 octobre, le tout nouveau… site dédié aux célébrations du 500e anniversaire de Claude Garamont ! Ah bon, vous pensiez à autre chose ? l'iPhone 4S ? Mais vous rêvez ! Dans un monde où l'ancien fondateur d'Apple (Woz, dit « le survivant ») n'a rien de mieux pour témoigner son amour à sa femme que de faire la queue toute la nuit devant un Apple Store pour être un des premiers à lui offrir acheter ce nouveau modèle que tout le monde va s'arracher, dans un monde où l'avoir (et l'affichage de ce que l'on a) a depuis bien longtemps détrôné l'être, il est bon de savoir qu'il reste des havres de paix où la marchandise n'est pas glorifiée, sauf pour la moquer, comme sur le BdG par exemple.

Et donc, enfin, en ce jour, ce site créé par le Ministère de la Culture est mis en ligne… après quelques péripéties informatiques. Je ne vous cache pas que je tente de m'y connecter plusieurs fois par jour depuis une semaine et que j'en ai vu des vertes et des pas mûres, c'est le cas de le dire… Mais le voici disponible aujourd'hui, fort beau et en tout point informatiquement (presque) parfait. On y trouve un grand nombre de connaissances parmi lesquelles même les plus érudits d'entre nous trouveront quelques perles à y recueillir, ainsi que de superbes photos de caractères, de livres et d'outils que tous les amoureux de la belle typographie et des impressions anciennes ne pourront qu'apprécier. Une foule d'articles, de photos et de video vous conteront l'histoire de ce caractère, de son créateur et les diverses péripéties qui l'amèneront en notre modernité du XXIe siècle.

Tout cela pour vous recommander de cliquer illico presto sur ici et de parcourir ce site en long, en large et en travers afin de vous imprégner de toutes les merveilles ici assemblées.

>[Edgar Amon]

 
 11/10/11  SXB L'Europe des Esprits

[L'Europe des Esprits] Il arrive parfois qu'au hasard d'un voyage, on découvre des merveilles, soit dont le monde entier est au courant, auquel cas on se sent bien bête, soit que personne ne connaisse auquel cas on se trouve tout à coup auréolé d'une gloire de découvreur. Vous jugerez dans quel cas je me trouve pour vous parler d'une exposition qui vient de s'ouvrir à Strasbourg et qui porte sur « l'Europe des esprits ». Point là d'esprit au sens de mot d'esprit ni au sens d'esprit de vin, vous l'aurez sans doute deviné, mais plutôt d'un regroupement d'œuvres d'art inspirées par les phénomènes spirites ou les théories ésotériques apparues au XIXe siècle et qui gardèrent une mode durable jusqu'au milieu du XXe siècle.

Ce qui me pousse à vous parler de cette exposition, et donc bien entendu à vous engager à la visiter à tout prix, n'a sans doute rien à voir avec la calligraphie ou la typographie encore qu'on puisse y découvrir de fort belles publications imprimées et quelques lettrages, art nouveau notamment, que n'auraient pas renié un calligraphe de talent. Non, ce que j'ai trouvé absolument extraordinaire est la puissance d'évocation de certaines œuvres. N'ayant pas la contrainte de représenter le réel et étant sans doute bien plus portés par ces thèmes que par ceux d'une représentation de commande, les artistes donnent libre cours à une utilisation des contrastes lumineux absolument hors de toute mesure, ils se laissent une totale liberté dans le choix de leurs couleurs et osent des formes totalement nouvelles dont l'impact d'ensemble sur le spectateur est d'une force rarement atteinte. Les peintures les plus impressionnantes à mon goût sont celles de la période romantique qui associent le fantastique, le surnaturel et une certaine dose d'horreur qui donnerait des frissons dans le dos du plus flegmatique des visiteurs. Ce ne sont pas forcément les figures les plus impressionnantes qui frappent le plus, ce ne sont pas les sorcières les plus grimaçantes ni les démons les plus cornus qui impressionnent, c'est parfois simplement une jeune fille dans un paysage tourmenté ou bien un coucher de soleil sur des montagnes hallucinées, parfois un simple paysage maritime… Une partie de l'exposition décrit le parcours jusqu'à l'abstraction et il est remarquable de voir que certains artistes n'ont rien perdu de leur puissance d'évocation en sortant du figuratif.

Il serait trop long de vous parler de la totalité de ce qui est donné à voir, plus de cinq cents tableaux et œuvres graphiques sur deux étages du Musée d'art moderne et contemporain mais je gage que nous allons entendre parler de cette exposition dans les prochains temps, elle vient en effet juste d'ouvrir le 8 octobre et je pense qu'elle gagnera en notoriété au fur et à mesure que plus de visiteurs auront ressenti toute la puissance de ces tableaux.

>[Hans im Schnockeloch]

PS : au moment où nous mettons sous presse, métaphoriquement, j'apprends que France Culture vient de consacrer une émission de deux heures au sujet de cette exposition. Si vous allez sur le site de l'émission « mauvais genre » vous pourrez l'écouter pendant encore six mois.

PPS : les lecteurs sédentaires pourront trouver la motivation de se déplacer à Strasbourg en explorant le site de l'exposition ici et les gourmands trouveront d'autres arguments .

 
 8/10/11  Steve Jobs (bis)

[Steve Jobs] Le décès de Steve Jobs a remis à l’honneur le fameux discours u’il avait prononcée à Stanford lors de la remise des diplômes de 2005.

Cette conférence est édifiante. D’abord par le parcours difficile de l’homme, bien loin d’une certaine jeunesse dorée des « fils de… », mais aussi par un parcours totalement atypique qui n’est possible, à mon avis, que dans un pays comme les États Unis. Tout d’abord quitter l’université alors que ses parents se saignent aux quatre veines pour vous payer des études est un choix qui mène chez nous bien plus souvent au chômage et à la rue qu’à la présidence d’une multinationale. Ensuite par une formation qui en apparence n’a rien de structuré, passant des arts à l’informatique, touchant à tout les domaines poussé bien plus par la curiosité et l’effet de rencontre que par un plan de carrière bien défini, ce qui chez nous vous rejette immédiatement dans la catégorie dilettante et donc dans les poubelles à CV. Enfin par le fait absolument inconcevable chez nous de commencer à faire des ordinateurs dans un garage et de finir en tant que directeur d’un des plus gros vendeurs d’électronique, d’informatique et de musique mondiaux. Chez nous, la recherche passe par des circuits bien structurés, agences nationales de valorisation n’aidant que les grosses sociétés qui pourront passer des mois à monter et défendre leur dossier devant des myriades de commissions, sous-commissions et prétendus experts du domaine, programmes de subvention étatiques attribués exclusivement à ceux qui pourront prouver un cursus universitaire irréprochable, bref, à part le concours Lépine, rien n’est laissé à l’étincelle de génie créateur qui sera issue d’un autodidacte isolé ou d’une très petite entreprise innovante. Donc, avis à nos lecteurs étudiants : chez nous, ce genre de comportement ne vous mènera à rien, si vous voulez faire ça allez aux États Unis ! Et c’est d’ailleurs ce que font un certain nombre de nos cerveaux les plus brillants à voir la composition de la direction de pas mal d’entreprises etazuniennes les plus innovantes, et Apple n’est pas en reste sur ce point.

Mais cessons de radoter et de nous apitoyer sur l'impossibilité de la vieille Europe à évoluer un tant soit peu, ce qui m’amène à parler de cette conférence c’est un passage absolument passionnant (vers la quatrième minute de la vidéo) au cours duquel Steve Jobs explique qu’il a passé quelques temps en tant qu’auditeur libre à apprendre la calligraphie et la typographie « cet art de l’invisible, rétif à toute approche scientifique » et toute l’influence que cela a eu sur sa façon de concevoir les produits d’Apple. Remarquable également de remarquer que de tels cours existent dans les plus prestigieuses universités américaines; le MIT, une école à vocation scientifique, je le rappelle, propose des cours de typographie approfondis et pas vraiment dans le cadre de loisirs créatifs. Je pense qu’on peut retrouver toute la philosophie de Jobs et donc d’Apple dans ces quelques phrases, depuis l’art de l’invisible et les multiples détails hors de perception de l'utilisateur qui le libèrent de l’aspect bassement technique du fonctionnement de la technologie, jusqu’à la recherche fanatique de la perfection, « il n’y a qu’un seul degré de bien en typographie, la perfection » disait Vox, le tout permettant une transposition assez immédiate et totale de ce tout qui fait la belle typographie dans le domaine de la conception de produits informatiques.

Quel bon typographe aurait sans doute été Steve Jobs s’il ne s’était entiché de faire de l’informatique !

Vous pouvez voir une vidéo de cette conférence sous-titrée en français ici et une version de meilleure qualité mais sans les sous-titres. À voir, revoir et méditer.

>[Madmacs]

En illustration, une affiche de la campagne de publicité d'Apple sur le thème « pensez-différemment ». À l'époque, ça voulait tout dire. De nos jours, et grâce à Jobs, les choses ont bien changé et choisir Apple c'est le plus souvent faire comme tout le monde !

 
 5/10/11  Steve Jobs

[Steve Jobs] Comme des millions de personnes, j'ai appris ce matin le décès de Steve Jobs. Comme des millions de personnes, j'ai reçu la nouvelle sur une machine portant une pomme. Comme quoi, il y a des gens qui marquent leur époque.

Certes, le monde Apple dans lequel j'évolue depuis de nombreuses années n'est pas tout rose. Le contact direct avec certains ingénieurs californiens a porté à mes oreilles des anecdotes sur l'homme qui sont pour le moins dérangeantes, sur son exigence de travail de tous les instants, sur son obsession de perfection dont on ne sait plus très bien si c'est une qualité poussée à son paroxysme ou tout simplement un bien gros défaut. Et quand vous êtes le patron d'une société comme Apple, que vous avez tous les pouvoirs et que personne n'osera jamais contester une de vos décisions, le pire jouxte parfois avec le meilleur.

Sur sa manie du secret, aussi. Incroyable qu'une société comportant autant d'employés, travaillant avec autant de sous-traitants arrive à garder le secret d'un téléphone comme l'iPhone jusqu'à la dernière seconde où Steve en parlera sur scène au cours d'une de ses plus mémorable keynotes. J'ai pour ma part eu l'occasion de travailler sur quelques prototypes logiciels ou matériels Apple, et le "NDA" (non disclosure agreement, contrat de confidentialité) était tellement restrictif et les sanctions en cas de fuites tellement disproportionnées à la faute que nous nous sommes demandés plus d'une fois si c'était bien raisonnable de s'engager dans cette voie.

Mais tout revers de la médaille a aussi son avers : moyens quasiment illimités pour fignoler tel ou tel logiciel, semaines tout frais payés passées à coder vingt heures sur vingt quatre dans de grands hôtels de villes européennes, contact direct des programmeurs quels qu'ils soient (je travaillais dans une petite société provençale de 8 personnes) avec les ingénieurs du centre de recherches d'Apple qui à Cupertino concevaient les merveilles qui un jour éblouiraient le monde. Rien n'était épargné pour que le produit soit le meilleur lors de sa mise en vente. Et ces méthodes ont prouvé leur efficacité jusqu'à nos jours : chaque fois qu'Apple à sorti un appareil quelconque ces dernières années, il a immédiatement raflé une énorme partie du marché. Le Zune de Microsoft (abandonné il y a quelques jours) n'a pas pu concurrencer l'iPod alors qu'il était soutenu par tout le battage marketing de Microsoft, deux ou trois constructeurs (et non des moindres) tentent désespérément de produire une tablette qui puisse tenter d'être au niveau d' l'iPad, BlackBerry, Samsung et autres Nokia essayent de regagner quelques pour-cents de part de marché des téléphones haut de gamme, le Mac tient actuellement 20% de parts de marché alors qu'il en était à 2% il  y a dix ans...

Pourquoi ce succès ? Parce que "it just works", cela fonctionne et c'est tout. Pas d'écran bleu sur un Mac (je n'en ai vu un que sur une version spéciale développeur en 2001 et jamais plus depuis 10 ans), pas de « panneau de configuration » sur mon iPod pour se connecter au wifi, on donne le mot de passe et c'est tout. Ça marche. Comme je le dis souvent, j'ai un PC au boulot parce que s'il a un problème (et ça lui arrive parfois) je suis payé pour chaque minute que je passe à le remettre en fonctionnement, alors que j'ai un Mac à la maison parce que je ne veux pas prendre une minute sur mon temps de loisir à le dépanner.

Alors pour tout ça, merci Steve.

>[Madmacs]

 
 1/10/11  Book Typothéâtre

[Typothéâtre] Vous allez me dire que je serine, que je ressasse, que je gâtifie et que je commence à remplir cette colonne de la même sempiternelle ritournelle, mais j'affirme haut et fort que la fusion de la culture calligraphique et la culture typographique créent chez les pratiquants de l'un et de l'autre art un bénéfice mutuel, une synergie qui portent au pinacle l'art de la lettre. Je n'en prendrai que comme exemple d'un côté Albert Boton dont les réalisations typographiques sont de renommée mondiale et qui affirme que toutes ses lettres sont à l'origine calligraphiées ou bien Laurent Pflughaupt dont les quelques travaux typographiques n'ont rien à envier à ses éblouissants travaux calligraphiques.

Alors, amis calligraphes, pour vous y mettre sans douleur ou sinon pour vous amis typographes, pour approfondir votre science ou simplement pour vous amuser un brin, je ne peux que vous recommander un ouvrage unique en son genre « Typothéâtre » conçu par Susanne Stammbach, professeur de typographie dans diverses écoles suisses de renom qui est venue nous parler de sa méthode cet été à Lurs. Pour elle, pour faire de la belle lettre, il faut apprendre à voir, et pour apprendre à voir dans la joie et la bonne humeur, elle a une méthode bien particulière. Son livre regroupe en effet cinquante des petits « jeux » typographiques qu'elle propose à ses étudiants pour leur éduquer l'œil. L'un par exemple, nous montre des lettres dont une partie est cachée par un pansement et il nous faut rétablir au crayon la continuité des courbes pour reconstituer la lettre complète, un autre nous propose un classique « trouvez l'intrus » où des mots comportent une ou plusieurs lettres d'une autre police, il y a aussi celui qui montre une liste de lettres d'une série de police ainsi qu'une lettre isolée que l'on doit replacer dans sa famille. Là où ça se corse c'est que beaucoup de ces exercices ne sont pas si faciles, ce dernier, par exemple, n'utilise que des linéales. Saurez-vous remettre avec ses congénères un « t » de Futura, d'Helvetica, d'Akzidenz Grotesk, d'Univers ou de Gill Sans ?

Personnellement, je ne me lasse pas de m'amuser à faire ces exercices dont parfois certains reposent sur la réponse à des questions et qui donc une fois faits, sont faits, mais dont la plupart reposent totalement sur une créativité bien orientée et peuvent être refaits à l'envi puisqu'aucune solution n'est véritablement définitive.

Ce livre est trouvable sur internet, et ne vous laissez pas rebuter par sa qualification de livre étranger, les textes sont en français, allemand et italien, comme bon nombre de livres suisses et les exercices sont totalement internationaux (un beau travail de ce côté-là d'ailleurs).

>[Magali Néale]

PS : L'éditeur parle de son livre ici, mais vous en trouverez facilement un exemplaire chez votre libraire préféré ou sur votre site d'achats de livre en ligne habituel.

 
 
 
 

 
 

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